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AGEDEN
: Pouvez-vous nous donner des détails sur votre activité
agricole ?
Henri.
TROUILLOUD : J'exploite
actuellement 35 vaches laitières, une cinquantaine de génisses
et 45 chèvres. Une partie du lait obtenu est vendu tel quel
et le reste sert à la fabrication de fromages destinés
eux aussi à la vente. A terme ce seront 50 vaches laitières
qui produiront du lait.
Parallèlement, j'exploite 65 ha qui sont destinés
à fournir le fourrage pour nourrir les troupeaux.
Il y a encore peu, la moitié de cette surface était
plantée de céréales ; j'ai décidé
de passer tout en foin, car étant seul à travailler
sur mon exploitation avec le renfort ponctuel d'un ouvrier que j'emploie
au tiers du temps, cela rend le travail moins pénible que
l'ensilage.
Par ailleurs, le foin donne une bonne image pour la vente de fromage
par la qualité qu'il confère u lait.
L'exploitation des surfaces permet aujourd'hui un rendement de 12
tonnes de MS par ha, essentiellement de la luzerne, qui pousse plus
facilement sans engrais chimique. Ce sont des pâturages "
bio ".
A
: Expliquez nous comment vous en êtes venu à installer
ce séchage solaire pour votre fourrage ?
T : Il faut pour cela remonter à l'année 1999, à
l'époque je me posais la question de savoir comment m'installer
avec un système d'exploitation moderne pour gagner en main
d'uvre et donc en temps. C'est à ce moment que j'ai
opté pour le séchage du foin " en vrac ",
qui est plus facile à gérer par une personne seule.
Cette même année, j'ai rencontré sur la Foire
(ndlr " de Beaucroissant ") un promoteur des systèmes
classiques de déshumidificateur qui m'a emmené faire
le tour de ses installations en fonctionnement. Cette ballade nous
a conduit en Savoie, où j'ai découvert pour la première
fois le séchage solaire. Le système était utilisé
dans une exploitation située à 1000 m d'altitude,
pour sécher les coupes tardives. Les exploitants avaient
l'air tout à fait satisfaits du procédé, et
je me suis dit que si cela marchait à cette altitude, cela
devrait à fortiori fonctionner à Beaucroissant, dont
l'élévation ne dépasse pas les 450 m. Qui plus
est, cela devait permettre d'y sécher des coupes plus précoces
dans la saison, dès le mois de juin.
Suite
à cela et compte tenu de l'investissement important que cela
représente, j'ai fait réaliser une étude de
faisabilité en 2002, par un ancien technicien de chambre
d'agriculture, spécialisé dans ce domaine et capable
de dimensionner l'installation comme de monter le dossier de demande
de subvention auprès du Conseil Régional et de l'ADEME*.
Cette étude, financée à 70% a pu démontrer
l'intérêt du séchage solaire aussi bien du point
de vue économique que du point de vue de la qualité
du fourrage obtenu.
Sur ces résultats probants, je me suis lancé dans
l'intégration du système solaire dans mon bâtiment
agricole dont j'ai posé la première pierre en janvier
2004.
A
: Dans le détail, en quoi consiste votre installation de
séchage solaire ?
T : Le principe est très simple : l'air venant de l'extérieur
circule sous la toiture qui fait office de capteur. Il y est réchauffé
puis acheminé par la gaine de collecte jusqu'au ventilateur
qui le pulse sous un caillebotis pour sécher le foin entreposé
dans le séchoir.
(caillebotis)
Les
2500 m² de toiture que compte le bâtiment sont réalisés
en plaques de fibrociment teintées rouge tuile sombre dans
la masse, au lieu des traditionnelles plaques de tôles. La
teinture opacifie le fibrociment et lui confère un plus grand
pouvoir absorbant (de chaleur). L'inertie thermique est aussi plus
grande que celle de la tôle, et nous avons moins de problèmes
de condensation. Toutefois, si ce matériau est un peu moins
cher à l'achat, l'espacement des pannes est moindre que pour
la tôle et il en faut donc plus.
Dans mon cas, l'installation se compose de 1000 m² de capteurs
installés sur toute la largeur du pan sud du bâtiment,
soit une sous toiture écartée de 25 cm de la toiture
en fibrociment, pour une bonne circulation de l'air, le tout réalisée
en tripli.
C'est ce même matériau qui a été utilisé
pour construire le caisson du ventilateur et les gaines d'acheminement
de l'air jusqu'aux caillebotis.
(toiture en fibrociment)
Un
ventilateur centrifuge vient compléter l'installation du
séchoir, d'une puissance de 25 cv assurant 75 000 m3 de débit
d'air à l'heure.
L'aire de séchage représente lui une surface totale
de 340 m² répartie en deux cellules de 170 m² chacune
pour 8 m de hauteur.
La capacité de stockage totale est donc d'environ 300 tonnes
de matières sèches (MS).
Pour finir, une griffe à fourrage hydraulique équipée
un bras télescopique de 11m, installée sur un déplacement
latéral de 14 m environ, permet la manutention du fourrage.
(griffe
à fourrage hydraulique)
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A
: Alors un séchage solaire, qu'est-ce que ça coûte
et est-ce vraiment intéressant financièrement ?
T : Il faut savoir que j'ai réalisé cette installation
en auto construction, sans faire appel à une entreprise extérieure,
ce qui m'a permis de réduire fortement son coût.
De plus, les subventions attribuées par l'ADEME et la Région
Rhône-Alpes, ajoutées à la forte hausse du coût
de l'énergie que nous avons subie ces derniers mois en font
une opération vraiment intéressante du point de vue
financier.
Voici
le décompte réel (arrondi) de l'investissement pour
la réalisation du système de séchage solaire
réalisé en auto construction (prix 2003) :
-
sous
toiture en tripli 5 000 euros H.T. (soit 5 € H.T. le
m²)
-
caisson
ventilateur + gaine en tripli
2 000 euros H.T.
-
ventilateur
centrifuge 25 CV de marque Suisse 5 000 euros H.T.
-
location plateforme élévatrice pour mise en
place sous toiture 3 000 euros H.T.
Soit
un total de 15 000 € H.T. desquels il convient de déduire
la subvention perçue de l'ADEME et du Conseil Régional
pour un peu plus de 9 000 €.
La part d'autofinancement pour cette installation est donc d'environ
6 000 euros.
Dans
l'étude réalisée il y a déjà
4 ans l'estimation des coûts de fonctionnement annuels basée
sur les prix de l'énergie de l'époque (et dont on
sait qu'ils se sont envolés depuis) faisait apparaître
pour l'option solaire un gain de plus de 2000 euros par rapport
à l'option " déshumidification " et de plus
de 6 000 euros par rapport à l'option fuel
Alors
même s'il convient de réactualiser à la hausse
les coûts des matériaux utilisés pour la fabrication
du capteur, le doublement du prix du kWh fuel rend la solution solaire
encore plus attrayante qu'elle ne l'était, avec un coût
de fonctionnement de 3 à 5 fois inférieur aux solutions
classiques.
Caractéristiques
de l'exploitation
-
65
ha de SAU
-
Altitude
: environ 450 m
-
50
vaches laitières, 50 génisses, 35 chèvres
-
1,3
personnes travaillant sur l'exploitation
-
Pâturages
bio en luzerne
(vaches laitières)
Caractéristiques
de l'installation de séchage solaire
Travaux
à réaliser pour la construction du capteur solaire
- création
et aménagement des entrées d'air sur l'un des pignons
du bâtiment
- réalisation
de l'isolation sous pannes du pan sud de la toiture de la grange
- réalisation
d'une gaine de collecte de l'air chaud et du caisson de récupération
pour acheminer l'air de la gaine au ventilateur
- réalisation
du caisson étanche du ventilateur
Les plus
du séchage solaire
intérêt environnemental :
Valorisation
des prairies naturelles.
Limitation des déchets, des rejets polluants (gaz à
effet de serre, jus d'ensilage, odeurs, plastiques agricoles).
intérêt énergétique :
Economie d'énergie grâce à la récupération
d'énergie gratuite en substitution au fuel
Réduction de la consommation d'électricité
par la réduction du temps de ventilation
Moindre recours aux compléments alimentaires (qualité
du fourrage)
Baisse des frais vétérinaires et du taux de renouvellement
du troupeau (voie de conservation sèche qui ne génère
pas de germes pathogènes)
Diminution du temps de travail
Amélioration de la qualité sanitaire du lait (listéria)
Des aides de la Région Rhône-Alpes et de l'ADEME pour
le séchage solaire des récoltes (jusqu'à 80%
de la dépense éligible HT, plafonnée à
12 € HT/m² de toit de capteur).
A
: Monsieur Henri Trouilloud, Merci
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