Agriculteurs


Interview de Monsieur Henri TROUILLOUD, agriculteur à Beaucroissant - séchage solaire de fourrage en grange - Propos recueillis par Marc LIPRANDI

(capteurs sous toiture)


Après avoir travaillé plusieurs années sur l'exploitation familiale, Henri Trouilloud s'est installé en 2002 pour son propre compte comme exploitant agricole à Beaucroissant.
Cette installation a nécessité la création d'un bâtiment suffisamment important pour abriter les vaches laitières, les génisses et les chèvres, mais aussi pour faire sécher et stocker le foin nécessaire à l'alimentation du bétail ainsi que le laboratoire pour la fabrication du fromage.
Pour le fourrage, H.T. a choisi la solution du séchage solaire.
Nous sommes allées à sa rencontre pour qu'il nous explique le fonctionnement du système, les raisons de ce choix et pour recueillir son indice de satisfaction

AGEDEN : Pouvez-vous nous donner des détails sur votre activité agricole ?
Henri. TROUILLOUD : J'exploite actuellement 35 vaches laitières, une cinquantaine de génisses et 45 chèvres. Une partie du lait obtenu est vendu tel quel et le reste sert à la fabrication de fromages destinés eux aussi à la vente. A terme ce seront 50 vaches laitières qui produiront du lait.
Parallèlement, j'exploite 65 ha qui sont destinés à fournir le fourrage pour nourrir les troupeaux.
Il y a encore peu, la moitié de cette surface était plantée de céréales ; j'ai décidé de passer tout en foin, car étant seul à travailler sur mon exploitation avec le renfort ponctuel d'un ouvrier que j'emploie au tiers du temps, cela rend le travail moins pénible que l'ensilage.
Par ailleurs, le foin donne une bonne image pour la vente de fromage par la qualité qu'il confère u lait.
L'exploitation des surfaces permet aujourd'hui un rendement de 12 tonnes de MS par ha, essentiellement de la luzerne, qui pousse plus facilement sans engrais chimique. Ce sont des pâturages " bio ".

A : Expliquez nous comment vous en êtes venu à installer ce séchage solaire pour votre fourrage ?
T : Il faut pour cela remonter à l'année 1999, à l'époque je me posais la question de savoir comment m'installer avec un système d'exploitation moderne pour gagner en main d'œuvre et donc en temps. C'est à ce moment que j'ai opté pour le séchage du foin " en vrac ", qui est plus facile à gérer par une personne seule.
Cette même année, j'ai rencontré sur la Foire (ndlr " de Beaucroissant ") un promoteur des systèmes classiques de déshumidificateur qui m'a emmené faire le tour de ses installations en fonctionnement. Cette ballade nous a conduit en Savoie, où j'ai découvert pour la première fois le séchage solaire. Le système était utilisé dans une exploitation située à 1000 m d'altitude, pour sécher les coupes tardives. Les exploitants avaient l'air tout à fait satisfaits du procédé, et je me suis dit que si cela marchait à cette altitude, cela devrait à fortiori fonctionner à Beaucroissant, dont l'élévation ne dépasse pas les 450 m. Qui plus est, cela devait permettre d'y sécher des coupes plus précoces dans la saison, dès le mois de juin.

Suite à cela et compte tenu de l'investissement important que cela représente, j'ai fait réaliser une étude de faisabilité en 2002, par un ancien technicien de chambre d'agriculture, spécialisé dans ce domaine et capable de dimensionner l'installation comme de monter le dossier de demande de subvention auprès du Conseil Régional et de l'ADEME*. Cette étude, financée à 70% a pu démontrer l'intérêt du séchage solaire aussi bien du point de vue économique que du point de vue de la qualité du fourrage obtenu.
Sur ces résultats probants, je me suis lancé dans l'intégration du système solaire dans mon bâtiment agricole dont j'ai posé la première pierre en janvier 2004.

A : Dans le détail, en quoi consiste votre installation de séchage solaire ?
T : Le principe est très simple : l'air venant de l'extérieur circule sous la toiture qui fait office de capteur. Il y est réchauffé puis acheminé par la gaine de collecte jusqu'au ventilateur qui le pulse sous un caillebotis pour sécher le foin entreposé dans le séchoir.

(caillebotis)

Les 2500 m² de toiture que compte le bâtiment sont réalisés en plaques de fibrociment teintées rouge tuile sombre dans la masse, au lieu des traditionnelles plaques de tôles. La teinture opacifie le fibrociment et lui confère un plus grand pouvoir absorbant (de chaleur). L'inertie thermique est aussi plus grande que celle de la tôle, et nous avons moins de problèmes de condensation. Toutefois, si ce matériau est un peu moins cher à l'achat, l'espacement des pannes est moindre que pour la tôle et il en faut donc plus.
Dans mon cas, l'installation se compose de 1000 m² de capteurs installés sur toute la largeur du pan sud du bâtiment, soit une sous toiture écartée de 25 cm de la toiture en fibrociment, pour une bonne circulation de l'air, le tout réalisée en tripli.
C'est ce même matériau qui a été utilisé pour construire le caisson du ventilateur et les gaines d'acheminement de l'air jusqu'aux caillebotis.

(toiture en fibrociment)

Un ventilateur centrifuge vient compléter l'installation du séchoir, d'une puissance de 25 cv assurant 75 000 m3 de débit d'air à l'heure.
L'aire de séchage représente lui une surface totale de 340 m² répartie en deux cellules de 170 m² chacune pour 8 m de hauteur.
La capacité de stockage totale est donc d'environ 300 tonnes de matières sèches (MS).
Pour finir, une griffe à fourrage hydraulique équipée un bras télescopique de 11m, installée sur un déplacement latéral de 14 m environ, permet la manutention du fourrage.

(griffe à fourrage hydraulique)

A : Alors un séchage solaire, qu'est-ce que ça coûte et est-ce vraiment intéressant financièrement ?
T : Il faut savoir que j'ai réalisé cette installation en auto construction, sans faire appel à une entreprise extérieure, ce qui m'a permis de réduire fortement son coût.
De plus, les subventions attribuées par l'ADEME et la Région Rhône-Alpes, ajoutées à la forte hausse du coût de l'énergie que nous avons subie ces derniers mois en font une opération vraiment intéressante du point de vue financier.

Voici le décompte réel (arrondi) de l'investissement pour la réalisation du système de séchage solaire réalisé en auto construction (prix 2003) :

  • sous toiture en tripli 5 000 euros H.T. (soit 5 € H.T. le m²)
  • caisson ventilateur + gaine en tripli
    2 000 euros H.T.
  • ventilateur centrifuge 25 CV de marque Suisse 5 000 euros H.T.
  • location plateforme élévatrice pour mise en place sous toiture 3 000 euros H.T.

Soit un total de 15 000 € H.T. desquels il convient de déduire la subvention perçue de l'ADEME et du Conseil Régional pour un peu plus de 9 000 €.
La part d'autofinancement pour cette installation est donc d'environ 6 000 euros.

Dans l'étude réalisée il y a déjà 4 ans l'estimation des coûts de fonctionnement annuels basée sur les prix de l'énergie de l'époque (et dont on sait qu'ils se sont envolés depuis) faisait apparaître pour l'option solaire un gain de plus de 2000 euros par rapport à l'option " déshumidification " et de plus de 6 000 euros par rapport à l'option fuel…

Alors même s'il convient de réactualiser à la hausse les coûts des matériaux utilisés pour la fabrication du capteur, le doublement du prix du kWh fuel rend la solution solaire encore plus attrayante qu'elle ne l'était, avec un coût de fonctionnement de 3 à 5 fois inférieur aux solutions classiques.

Caractéristiques de l'exploitation

  • 65 ha de SAU
  • Altitude : environ 450 m
  • 50 vaches laitières, 50 génisses, 35 chèvres
  • 1,3 personnes travaillant sur l'exploitation
  • Pâturages bio en luzerne
(vaches laitières)

Caractéristiques de l'installation de séchage solaire

  • capacité de séchage : 300t de MS
  • surface totale de séchage : 340 m²
  • un ventilateur centrifuge de 25 CV assurant un débit de 75 000 m3/h
  • Une griffe à fourrage hydraulique équipée d'un bras télescopique de 11m
(ventilateur centrifuge)

Travaux à réaliser pour la construction du capteur solaire

  • création et aménagement des entrées d'air sur l'un des pignons du bâtiment
  • réalisation de l'isolation sous pannes du pan sud de la toiture de la grange
  • réalisation d'une gaine de collecte de l'air chaud et du caisson de récupération pour acheminer l'air de la gaine au ventilateur
  • réalisation du caisson étanche du ventilateur

Les plus du séchage solaire

intérêt environnemental :
Valorisation des prairies naturelles.
Limitation des déchets, des rejets polluants (gaz à effet de serre, jus d'ensilage, odeurs, plastiques agricoles).

intérêt énergétique :
Economie d'énergie grâce à la récupération d'énergie gratuite en substitution au fuel
Réduction de la consommation d'électricité par la réduction du temps de ventilation
Moindre recours aux compléments alimentaires (qualité du fourrage)
Baisse des frais vétérinaires et du taux de renouvellement du troupeau (voie de conservation sèche qui ne génère pas de germes pathogènes)
Diminution du temps de travail
Amélioration de la qualité sanitaire du lait (listéria)

Des aides de la Région Rhône-Alpes et de l'ADEME pour le séchage solaire des récoltes (jusqu'à 80% de la dépense éligible HT, plafonnée à 12 € HT/m² de toit de capteur).

A : Monsieur Henri Trouilloud, Merci